le divan

Il a la tête dans sa main, dort peut être, ou s’emmerde. C’est mon psy. Je lui raconte des horreurs en regardant le plafond. Je ne sais rien de lui. L’effet de mes mots sur lui.  Sur son psychisme. Ce n’est pas un robot ce type, il se nourrit des vices de forme de ses patients, de leurs humeurs, de leur glauque, de leur névroses. Même digéré , il lui en reste  forcément quelque chose…de toutes  ces heures et ces heures, ces années, ces lustres à prêter oreille aux régurgitations des âmes et des nombrils martyrisés.

Je me  déballe , lui fais mon strip,  je lui dis beaucoup et plus encore parce qu’il ne réagit pas ou somnole, alors je force le trait, j’en rajoute, pour voir. Je me mets en scène. Mes mots sont raisonnés, je les choisis. Le plafond ne m’hypnotise pas, j’ai la tête toute  froide, il faudrait que ce psy  me la fasse perdre pour que j’aie le verbe automatique, mais ça ne risque pas, il est lugubre, je le sens lugubre, une présence absente.

Je lui raconte ma vie de merde,  celle de mon corps  instable et celle de mes amantes, et amants parce que je n’ai jamais très bien compris la différence des sexes.  Remarquez, dans un cabinet, fut-il de psy,  c’est normal ces histoires de cul et de merde.

Au bout de trois quart d’heures il grogne des trucs bizarres, des onomatopées peut-être jouissives, ça le fait bander cette logorrhée, il éjacule des mmm, des rhaaa, à force de me mettre à poil, forcément…ça lui fait frétiller le mental ;

c’est un vrai boxon ce cabinet, la sécu rembourse des séances  porno, c’est vulgaire de se montrer, de s’exhiber, rien en douceur, faut que ça gicle , une monstration graveleuse,  tarifée. Un exhib et un voyeur, ça vaut les vitrines d’Amsterdam.

Ca fait une heure que ça dure, il se ramasse,  je l’entends se déplier,  il redresse la tête, c’est fini Monsieur Céré me dit-il d’un air las. Nous avons rendez-vous la semaine prochaine, n’oubliez-pas ou téléphonez-moi si vous avez un empêchement.

Ca fait deux ans que ça dure. Je ne lui ai pas encore parlé de tous mes rêves, j’en fabrique  chaque nuit pour alimenter mes monologues.  Je paye quatre vingts euros en liquide.  Ca me fait beaucoup de bien de lui donner ces biftons, enfin c’est ce qu’il m’a affirmé, le paiement  cash est une affirmation  de mon désir personnel d’évolution, d’émancipation par rapport à lui, il faut que ça me coûte pour me libérer, je dois  être fier  de lui déposer ces billets sur son bureau comme lorsque je déposais mon caca dans le pot que me tendait ma mère.

Dans la salle d’attente, un très belle femme se lève, elle semble en manque, pressée de pénétrer sur le divan encore chaud de  mon corps . Elle va se désaper sans même relever sa jupe et ce salaud va encore se taper une branlette.