lecture amoureuse

Dernière minute :

Philippe Delerm et les Editions Gallimard que je remercie  viennent de me donner leur accord pour lire lors de cette soirée un extrait du dernier opus de Philippe Delerm, Le trottoir au  soleil , passage du livre où l’auteur rend très joliment hommage  à l’émoi de l’intime féminin.

Libertinage à l’hôtel Terminus.

Par Didier Catineau

C’est dans les salons confortables du vénérable hôtel Terminus, face à la gare de Saintes, qu’Anne, Jean et Katharine partageront avec un public averti quelques lectures érotiques élégantes, le samedi 12 février prochain à 20 h 30.

Il y a seulement quelques siècles, au même titre que la sorcellerie, l’érotisme qu’on appelait alors libertinage, conduisait au bûcher. Tout ce qui se rapporte à l’amour pour l’évoquer, le provoquer, l’exprimer, le satisfaire est de l’érotisme. Quiconque veut l’éluder de sa vie, ment. Dans sa gaillardise, sa verdeur, son réalisme brutal, galant, libertin ou purement amoureux, la littérature érotique reste pourtant sincère, authentique car elle reflète la vérité, est vérité. Les Grecs et les Latins parlaient de ces choses librement et ne songeaient pas à rougir quand ils décrivaient les plaisirs de l’amour physique. C’est bien la religion chrétienne qui a voulu laisser dans l’ombre toute la joie des rapports physiques de l’homme et de la femme, qui a inventé à leur sujet la notion de péché, qui a jeté l’interdit sur certains mots, sur certains gestes, sur ce qui, en fin de compte, est une de nos principales raisons d’être sur la terre.

La Saint-Valentin n’est qu’un prétexte

Du propre aveu d’Anne Bert, ce spectacle auquel elle donne sa voix, ses textes et également sa façon d’interprétation n’est pas racoleur. « C’est avant tout le plaisir de la langue française et aussi un exercice littéraire qui vise à faire découvrir aux auditeurs un genre qui n’est pas un sous-registre ». Tout commença en 2008 avec Jean Charrier, journaliste et comédien, qui invita dans une de ses émissions sur Radio Pons, Anne Bert qui venait d’éditer aux éditions Blanche « L’eau à la bouche ». Une estime réciproque, une même approche des mots et de la manière de les porter leur firent rôder une première édition de leurs lectures érotiques à l’Hédoniste de Chérac, l’an dernier. « Il y a des mots crus mais les silences disent tout autant. Nous avons rajouté une autre dimension avec le violon de Katharine Senior, professeur de musique en Saintonge, qui ponctue, souligne nos propos. Deux voix et un violon deviennent parfois trois voix : c’est sexuel, sensuel mais pas malsain ».  La dimension orale de l’exercice est essentielle pour révéler quelques pépites dans les œuvres choisies d’Aragon, de Verlaine, d’Anaïs Nin, de Sainte Thérèse d’Avila, d’Anne Bert et un extrait sensuel du dernier livre de Philippe Delerm « Le trottoir du soleil ».

Le jazz et la java

Catherine Lebouc et Jean-Jacques Villard, les deux propriétaires de l’hôtel Terminus sont enthousiastes. « Nous sommes là depuis quatre ans et nous accueillons déjà depuis deux ans des soirées jazz qui ont trouvé un vrai public. Nous avons été tout de suite séduits par ce projet de lectures érotiques. Ca ne nous fait pas peur et nous avons bien compris que ces trois artistes cherchaient un peu vainement un endroit à Saintes pour se produire, alors nous leur avons proposé nos salons. Et puis, si cela plait, nous serons tout à fait prêts à encourager, entre nos soirées jazz, d’autres lectures sur les 7 péchés capitaux par exemple ». Anne Bert acquiesce et rajoute : « Sur Saintes, on est décidemment très conservateur ! nous avons eu beaucoup de difficultés à trouver un endroit. Les mots du sexe que nous disons ne sont aucunement pornographiques. La dimension érotique est une élégance ». On pourrait pour fortifier ces propos, citer Jean Cau, journaliste et écrivain, disparu en 1993, secrétaire de Jean-Paul Sartre et Prix Goncourt 1961 pour « La pitié de Dieu » : « L’érotisme c’est la chair ; la pornographie, c’est la viande ». Anaïs Nin, plus délicate affirmait que « l’érotisme est un royaume d’attente et d’attention ». Régine Desforges qui nous fait l’amitié de venir fréquemment à Saintes et qui a lancé une cité du livre à Montmorillon ne dit pas autre chose : « Le domaine de l’érotisme est plus ou moins étendu suivant le puritanisme d’une époque ou le degré d’hypocrisie des mœurs. Si les hommes et les femmes d’aujourd’hui s’intéressent tant à l’érotisme, c’est qu’ils sentent plus ou moins confusément, qu’il est un moyen de conquérir notre totale liberté. La connaissance précise des possibilités de notre corps, comme de notre âme, nous pousse hors des sentiers étroits que la société nous trace depuis toujours ». Et rien ne vous empêche d’anticiper la Saint-Valentin du lundi 14 février suivant en venant vous immerger dans cet océan promis de délicatesse et de réjouissances musicales et littéraires, samedi 12 février à l’hôtel Terminus de Saintes à 20 h 30.

Didier CATINEAU,  journaliste

Photo La philosophie dans le boudoir de Magritte

Sainte-Thérése d’Avila en extase.

Sainte catholique espagnole du XVIème siècle, réformatrice monastique, Sainte-Thérése d’Avila écrivit une autobiographie dans laquelle on relève de nombreuses allusions érotiques dont le caractère sensuel des scènes d’extase spirituelle en fait un classique de la littérature de ce genre.

« … Je voyais donc l’ange qui tenait à la main un long dard en or, dont l’extrémité en fer portait, je crois, un peu de feu. Il me semblait qu’il le plongeait parfois au travers de mon cœur et l’enfonçait jusqu’aux entrailles. En le retirant, on aurait dit que ce fer les emportait avec lui et me laissait toute entière embrasée d’un immense amour de Dieu. La douleur était si vive qu’elle me faisait pousser ces gémissements dont j’ai parlé… »