consommer ou ne pas être

.….L’imagination commerciale était sans bornes. Elle annexait à son profit tous les langages, écologique, psychologique, se parait d’humanisme et de justice sociale, nous enjoignait de « lutter tous ensemble contre la vie chère », prescrivait : « faites-vous plaisir », « faites des affaires ». Elle ordonnait la célébration des fêtes traditionnelles, Noël et la Saint-Valentin, accompagnait le ramadan. Elle était une morale, une philosophie, la forme incontestée de nos existences. « La vie. La vraie. Auchan. » C’était une dictature douce et heureuse contre laquelle on ne s’insurgeait pas, il fallait seulement se protéger de ses excès, éduquer le consommateur, définition première de l’individu. Pour tout le monde, y compris les immigrants clandestins entassés sur une barque vers la côte espagnole, la liberté avait pour visage un centre commercial, des hypermarchés croulant sous l’abondance.

Il était normal que les produits arrivent du monde entier, circulent librement, et que les hommes soient refoulés aux frontières.

Pour les franchir certains s’enfermaient dans des camions, se faisaient marchandise – inertes -, mouraient asphyxiés, oubliés par le conducteur sur un parking au soleil de juin à Douvres. »……

extrait Les années d’Annie Ernaux aux Editions Gallimard

3 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. philachev dit :

    consommer le con est bien nommé: le con est sommé de consommer
    et pour vous ce sera: un consommé de con? bien monsieur
    le consommateur est un con, sot, mateur de biens inutiles qui le font baver
    mais bon, ainsi va le monde dans lequel nous vivons, alors sachons en jouir sans en être trop profiteur…(au chocolat)

  2. Eric Schnell dit :

    et merde, c’est parti tout seul..
    donc je termine :….. lié aux choses marchandes. Pathétique.

  3. Eric Schnell dit :

    Terrible ces frontières franchies allègrement par les marchandises et fermées aux hommes !
    Mais enfin je ne sais s’il faut plaindre ces consuméristes, plutôt envie de dire « bien fait pour nous » , nous n’avons pas un flingue dans le dos qui nous contraignent à consommer toujours plus. Le désir, ce mot si plein de vie , est désormais lié

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