Née sous x

dorénavant  ce blog revêtira  une apparence changeante selon  mon humeur.

….butée, je commençais par écrire, née sous x, suivi des noms de mes parents substitutifs. Qui m’ont adoptée non pas par grandeur d’âme mais parce qu’ils sont stériles. Je comblais leur mal de conception, ils m’aimèrent pour eux et non pour ce que je suis, et qui les désespère aujourd’hui.  L’adoption n’est pas toujours un acte d’amour . A leur tour, ils ont aujourd’hui tracé le x maudit sur mon existence et ne veulent plus avoir pour enfant celle que je suis devenue.

Au collège, mon prof de maths me fit aussi le coup du x. Je finis par faire un blocage avec ces inconnues dont il  prétendait me voir m’escrimer à rechercher leur identité. Je refusais de me mettre en quête du terme de l’équation. Que tous les x du monde se démerdent, je n’allais pas passer ma scolarité à  enquêter sur des identités et des origines dissimulées expressément quand on était infoutu de me livrer les miennes. Après avoir calligraphié des x à l’infini sur mes classeurs et les murs de ma chambre, en lettres arabes, gothiques et celles de tous les alphabets du monde, je deviens monomaniaque du x. Cette lettre m’obsédait.

Lorsque, adolescente, je découvris que cette consonne occulte qualifiait aussi le sexe et les films censurés par les bonnes mœurs,  je fus fascinée. L’érotisme et la pornographie me parurent dès lors ma destinée. Je sautais la case préliminaire de l’angélique marquise  pour atterrir directement dans celle du divin marquis et dévorais  toutes les œuvres estampillées de l’obscure croix.  Je dégotais les livres interdits chez des bouquinistes. L’enfer littéraire  fut mon paradis, ces lectures ravageaient mon ventre d’une chaleur  humide inconnue et affolante. Des lolitas dévergondées,  des vieux vicieux, des trios , quatuors,  partouzes, orgies, sado masochisme, maîtres et maîtresses, soumis et déviés excommuniés, queues raides, culs, cons et bouches comme autant d’orifices à remplir, cette débauche de mots  hallucinogènes et toutes ces parties de jambes en l’air  à géométrie variable me chauffaient  déjà les sens et l’imaginaire. Un chapelet de bulles fines perlait entre mes lèvres que j’étalai d’un doigt sur mon sexe subitement devenu tout dodu, le souffle court et les yeux exorbités par cette lecture magnétique.

Emerveillée par le  pouvoir de ce X,  ma petite motte bavait comme un chien devant sa gamelle. Je venais de découvrir le conditionnement pavlovien et ma nature de chienne. Quand  mon corps et ma tête implosaient, un bien être indicible et immédiat me laissait indolente, cet état si reposant. Je soignais mon obsession du x et de mes origines par bibliothérapie. Chaque soir je m’enfermais dans la salle d’eau pour prendre mon bain, un livre dans une main, l’autre  plongée dans l’eau brûlante,   puis logée entre mes cuisses écarlates, cherchant fébrilement dans l’ouvrage les passages les plus obscènes, ceux qui m’embrasaient le visage et la poitrine, chauffaient d’un feu du diable mon ventre, me faisaient glisser au fond de la baignoire,  toute molle, la tête renversée dans l’eau,  les cheveux flottant, les doigts fichés instinctivement là où le X déversait  efficacement ses humeurs glissantes et me faisait tant de bien. Dans ma fente ouverte de l’eau s’engouffrait,  je la rejetais en serrant et desserrant les muscles de mon sexe.  Le petit jet d’eau expulsé entre mes cuisses créait un petit courant et me ravissait. Je recommençais sans cesse  jusqu’à ce que les contractions de mes chairs  sur la pulpe de mon index toute ridée par ces grandes eaux déclenchent l’orgasme et m’envoient au fond du bain.  A moitié noyée,  la tête sous l’eau, je me cabrais dans la jouissance en grimaçant comme une créature à exorciser, les jambes  très écartées sorties de l’eau,  un pied sur chaque rebord de faïence,  les yeux hagards. Oui maman, j’ai bientôt fini. Ma mère s’agaçait de la durée de ce bain quotidien, de l’eau gaspillée. Ca me plaisait bien de lui parler porte  fermée et cuisses ouvertes, le sexe dévasté, en tâchant de redonner à ma voix  la clarté de l’innocence.  Les flacons de shampoing et de gel douche eurent raison de ma virginité que je m’offris à moi toute seule,  dans un spasme de plaisir, les yeux écarquillés sur les filets de sang qui rougissaient l’eau.  Dans la moiteur et la vapeur de la salle de bain j’eus l’impression de  naître réellement au sein d’une famille, je fis de tous les personnages de ces livres incandescents mes oncles et  mes tantes, cousins cousines, sœurs et frères de sang. Je me reconnaissais dans cette lignée, dans  cette filiation du x. Perle née sous x, à peine autodéflorée et parangon des salopes.  Classée x.  Perle  jetée aux pourceaux. Il m’est arrivé de pleurer, pas de douleur mais de dépit de n’avoir eu ni remords ni honte. N’éprouvant jamais d’émoi amoureux, je me livrais sans histoire aux garçons de mon âge souvent très frustrée par leur inexpérience et leur timidité mais obnubilée par leur virilité que je n’avais de cesse de vouloir dresser contre leur ventre. Leurs histoires sentimentales m’encombraient. Je visais donc des hommes plus murs.  Je voulus tout connaître des méandres de cette secrète espèce à laquelle j’appartenais. La plupart des livres initiatiques mettaient en scène les jeux de la soumission réglés comme du papier à musique. Je pris  assez vite plaisir à être clouée au pilori de la croix de Saint André, existant dans l’écartèlement exact de sa géométrie graphique. X de chair. O pouvait aller se rhabiller. Dans cette posture identitaire, soumise aux lois du clan, je méditais sur la nécessité d’appartenance à une communauté liberticide. Marcher à quatre pattes aux ordres d’un homme ou d’une femme intransigeants fouettait certes ma libido, mais navrait  finalement ma nature rebelle et fantasque. Bien sûr ce caractère rétif  donnait à la docilité encore plus de saveur excitante, mais j’avais beau être victime consentante, ces scenarii usés finirent par me couper l’appétit. Toute cette ripaille de chair à point trop goulûment ingurgitée, sans  réelle fantaisie, m’avait un peu lassée. Comme une joyeuse bombance de cochonnaille incite à plus de frugalité,  mon imagination et mes sens aspiraient à la subtilité. C’est à cette époque que je cessai de fréquenter ces raouts familiaux et autres cousinades du x et m’astreignis à une abstinence qui me mina.

Extrait  de  Perle, née sous x. © copyright  Anne Bert  B74K1A6

Illustrations ,dans l’ordre d’apparition  : Jan Saudek, Marlène Dumas,

6 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. gballand dit :

    Ce texte marqué au fer rouge du X se lit d’une traite. Ah cet épisode dans la salle de bain où la mère s’affole de ce temps qui passe et qu’elle ne contrôle plus ! Le X mène donc à tout, mais pas aux maths…

  2. anne dit :

    j’étouffe en fait sur la toile en ce moment et m’y ennuie assez, partout ; tout est immuable et attendu. Alors je fais joujou avec les couleurs . En fait envie d’un grand coup de frais et de courants d’air. C’est un peu comme lorsqu’on va voir des gens et que l’on sait ce que l’on va y voir et y entendre. Je m’inclus évidemment dans ce constat.
    Envie d’étonnement….je me demande si le concept du blog tel qu’on le voit partout n’a pas vécu, en tous cas ça devient très conventionnel et linéaire, je rêve d’autre chose, des trucs créatifs plus personnels, j’ai plein d’idées mais il me manque évidemment les moyens techniques , je n’y connais rien en informatique.

  3. lili dit :

    C’est quoi ce bordel ici ? J’aimais bien la couleur de l’autre moi. C’était plus aéré, on lisait plus facilement

  4. Eric Schnel dit :

    Que vous arrive-t-il Anne ? Une pathologie particulière ?

  5. Daud dit :

    Mariage de la liberté du ton à celle de l’habit…

  6. Eric Schnel dit :

    C’est fou comme un changement de look perturbe de prime abord ! Ensuite ça fait du bien, ça réveille cet œil neuf . C’est pas mal cette présentation, assez originale.
    La petite Perle a -t-elle trouvé cette subtile approche des corps et renoncé à s’apparenter ?

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