youpi c’est jour de relevé de droits d’auteur

Aujourd’hui le facteur m’a livré mon relevé de droits d’auteurs 2009 pour L’eau à la bouche. Une curiosité à vrai dire,  que j’attendais comme on attend  sa facture d’eau, en se demandant combien on a pu gaspiller d’eau pour un tel prix.  Bon, alors combien d’exemplaires vendus, puisque le livre n’est plus dispo chez l’éditeur ?  Un relevé de droits c’est pire qu’une notice ministérielle ou Ikea, on n’y comprend rien, mis à part immédiatement… que le bouchon qu’on va faire péter ne sera pas celui d’une bouteille de champagne mais celui d’un gros rouge qui tâche.  Remarquez , c’est justement du gros rouge que j’avais  prévu.  La petite phrase en bas de page  qui m’ invite à les contacter pour toute demande de renseignements témoigne de leur lucidité : l’auteur n’y pigera rien.  Chez mon éditeur, ils ont un comptable épatant qu’ils ont dû recruter sur ce critère, sa réactivité. Ses réparties pleines d’humour obligent l’auteur à faire montre d’une exquise complicité dans le registre de la rigolade, à moins de passer pour un sale chieur.  L’humour étant la politesse du désespoir, l’homme des comptes le brandit avec compassion comme on tend son mouchoir. Ainsi m’a-t-il répondu gouailleur, manquerait plus que les auteurs y comprennent quelque chose , et pour expliquer ce manque de clarté les relevés ont été faits  comme ça  justement pour ça . Et puis , mutin, vous ne téléphonez pas de l’étranger au moins, il ne faudrait pas que votre appel vous coûte plus cher que vos droits d’auteur . Bon, j’entends déjà les fâcheux me suggérer que c’est limite du foutage de gueule et que je suis une grosse niaise.  Allons, allons…n’ayez pas mauvais esprit, cette espièglerie est charmante.

Ravalant ce sale esprit qui sourdait,  j’ai reposé mon téléphone et savouré l’instant. Quelle jouissance et quelle fierté d’avoir cette aptitude à bosser des jours et des nuits pour rien, et avec plaisir en plus.  On a beau dire, mais ça si ce n’est pas l’amour de la langue et des mots ….ou l’insensé orgueil à écrire et  à publier. Bon, évidemment, comme on n’a pas droit au chômage, on se fait entretenir.

Ce qui est amusant, c’est que les lectures à haute voix  de mon livre, me rapportent plus que son écriture.

En fréquentant les salons du livre et les  quelques auteurs auto-édités que l’on y trouve, je me suis rendu* compte qu’il leur est plus rentable de s’autoéditer. Ils vendent certes  bien moins d’exemplaires, mais  au centième vendu  ils ont touché ce que je perçois pour mille  six cents exemplaires….en sachant que l’impression (via un  fichier numérique) coûte environ 2,50 € l’exemplaire.

Mais j’aime les libraires,  et surtout les indépendants, ces derniers dinosaures, bientôt antiquaires.

Je perçois aussi , pour des guides touristiques, des droits d’auteur à  vingt mille lieues sous la mer du Smic. Mais le gros malin, le bien nommé pour lequel j’ai commis ces  prospections et ces écritures a bien moins d’humour que mon éditeur, il vous balance sans aucune grâce vos misérables droits , en vous sucrant au passage le remboursement des verres de vin que vous avez voulu tester (on ne boit que de l’eau chez ce gros malin, c’est déplorable) et en vous remboursant votre essence au montant de vos pleins et non pas au nombre des kilomètres parcourus, si bien que l’usure de votre vieille auto, c’est pour votre pomme.  Les droits d’auteurs versés  pour les rédacteurs des guides ça sert aussi à ça, à échapper au droit du travail :  la prospection et le test des établissements n’étant pas payés.

J’ai toujours eu le chic pour bosser pour rien,  mais bon, ceci dit,  à votre santé , avec ce petit Chinon sympa, le temps n’est rien.

* se rendre compte :  si quelque lecteur(trice) pouvait me confirmer que l’expression « se rendre compte » ne s’accorde pas, merci à lui (elle)

6 commentaires

  1. Armelle Domenach dit :

    * (réponse à votre question en note)
    Ils se sont rendus ( = ils ont rendu eux).
    Ils se sont rendu compte (= ils ont rendu compte à eux).

  2. anne dit :

    @ Eric : et vous manquez pas de l’être, vous, futé…;))
    @ Didier Catineau : mon post est plus ironique que rageur. Tout ce que vous dites est vrai, mais je n’ai pas de vraie rancœur en fait, parce que je n’ai pas cherché à me faire éditer pour gagner du fric, c’est à mon sens une mauvaise raison et un leurre… Je suis aussi tout à fait reconnaissante envers mon éditeur qui m’a donné la chance de voir mon livre édité, en librairie, et fort bien distribué. Le pourcentage accordé est habituel. (ça existe ça 3% ??? )Je n’ai à son encontre rien de personnel et l’homme est sympathique. C’est la permissivité dans le système qui me heurte, c’est un secteur de non droit, c’est l’absence de réel échange, c’est la suspicion d’être un emmerdeur lorsqu’on cherche à savoir, à comprendre, à échanger.
    l’autoédition ne me tente pas particulièrement Didier, même si on est très fier lorsqu’un livre parait, je ne veux pas publier uniquement pour voir mon nom sur une couverture, je veux plutôt donner à lire au plus grand nombre, ce qui n’est pas compatible avec l’autodédition. C’est pour cela qu’après tout, et même si je déplore ce mode de lecture, la publication libre sur un site (pas sur un blog) me semble être préférable.
    Sinon, pas de soucis cher Didier, j’écris, j’écris, je ne fais que cela…
    (p.s : malgré tout je me demande si une rémunération en exemplaires peut permettre de payer un loyer ou un panier au marché…)

  3. Didier CATINEAU dit :

    Ma très chère Anne,

    Editer c’est laisser une trace pour plus tard. Editer c’est rencontrer des lecteurs, des libraires et … des éditeurs pas toujours bien reluisants. Editer c’est un acte de confiance entre deux personnes qui apparemment sont reliées par le même amour des mots ! apparemment car en fait c’est un marché de dupes.

    Ah ! le bonheur de voir son nom sur une couverture colorée dans une vitrine qui donne sur la vie, le monde ! cela devrait vous suffire, jeune fille ! et en plus vous demandez des sous ? « mais dans notre monde, il y a longtemps que nous nous sommes affranchis de cette contrainte ! » ça c’est l’éditeur qui vous le dira avec le plus grand sérieux et cynisme.

    Je connais bien l’édition régionale (la nationale m’échappe pour beaucoup : tellement de circonvolutions, de tractations, de poudre aux yeux, d’avaloirs qui restent des chimères…) et à ce niveau là, c’est un peu différent. Il y a la proximité de l’auteur qui écrit sur son « pays » et l’éditeur qui a tout intérêt à respecter à minima ses engagements. Mais je pourrais vous donner, chère Anne, de nombreux exemples où les éditeurs régionaux se vautrent avec ignominie dnas le désespoir de l’auteur en se jouant de ses « petites » interrogations financières. Il en est qui demandent même de l’argent à l’heureux élu pour aider à la maquette, à la fabrication, à la diffusion et même pour le cocktail de présentation à la presse. Il en est qui font des contrats obscurs en promettant 3 % et qui, deux ans après la publication alors que le livre est épuisé, ne redonnent chicement que 1,15 % !!! des exemples du même tonneau, j’en ai des brouettes !

    Mais il faut connaître ces expériences pour ensuite, fortifié, s’en enrichir en se lançant dans l’aventure tout seul ! oh ! ce n’est pas simple mais après tout, c’est vous qui écrivez, qui suez sur votre ordinateur, qui vous relevait la nuit pour terminer cette fichue phrase rétive, non ? c’est votre sang, vos yeux, votre vie et si vous n’êtes pas trop impatiente, lancez-vous dans cette jungle de l’auto-édition.
    C’est plus long, c’est plus seul mais quel bonheur que de rencontrer tous ces « gentils » imprimeurs, ces « gentils » libraires qui vous demanderont de 20 % à 50 % de commission pour mettre votre livre en rayon (entre les revues porno et celles de jardinage) !
    Le mieux, allez, chère Anne, c’est de continuer à écrire, toujours écrire, un peu, beaucoup, passionnément, de faire votre maquette, d’assister à l’accouchement chez un imprimeur choisi avec soin et d’aller dans les salons du livre, dans les rédactions de la presse pour défendre vos idées. Et en plus cela peut vous rapporter au moins le remboursmeent de votre facture d’impression.
    Quand j’éditais (15 « bébés » au compteur), je sais que le contrat entre l’auteur et moi était suffisement fort pour offrir 10 % (en fait quand je sortais 1000 exemplaires, mon auteur en recevait 100 comme rémunération) et continuer à entretenir, malgré les années, des relations durables d’amitié.
    Bravo, chère Anne, d’être entrée et ressortie de ce monde ébouriffant, décevant et lumineux, enthousiasmant et décevant mais il ne faut pas être dupe et se nourrir de cette lucidité qui vous va très bien pour nous livrer d’autres écrits que j’apprécie car ils sont d’une haute tenue.
    Ne vous découragez pas, écrivez, observez et faites vous-même. D’autres essaient de vous faire croire que c’est difficile : c’est un autre métier mais l’écrivain à présent doit être lucide et avisé.
    Je pourrais vous dire tant de choses sur l’édition ! mais votre site serait bien encombré et vos lecteurs moins intéressés.
    Alors, vous commencez quand ?
    Amitiés à vous.

  4. Eric Schnel dit :

    C’est bien connu, les auteurs sont des prolétaires, mais effectivement aucune protection sociale pour eux. Le secteur de l’édition échappe aux contrôles en tous genres. La réclamation redondante des auteurs étant le non respect de certains termes des contrats, aucun certificat de pilonnage fourni, pourtant obligatoire (et on laisse faire), détail des ventes absent, ainsi que nombre de retirages. Bienvenue, jeune femme, dans le monde obscur de l’édition !
    Le gros malin n’est pas futé…;))

  5. anne dit :

    @ gballand : bah… vous savez je n’ai pas tant de mérite que cela parce mon rapport à l’argentest assez froid , de plus j’ai été élevée à la sauce paternelle humour/ironie. Et sincèrement le plaisir à faire les choses est pour moi essentiel, si je peux gagner des sous avec, c’est bien.. sinon tant pis ! il n’empêche que je ne suis pas dupe de certains procédés. Je ne comprends tout simplement pas comment et pourquoi certains secteurs échappent à tout contrôle.

    Sinon, oui j’ai des retours, j’aime beaucoup ces rencontres que ça soit sur les salons, lors des lectures, ou par courriel. Malgré tout, même sans cela je continuerai à écrire et à donner à lire, d’ailleurs si je pouvais me le permettre financièrement j’aimerais offrir mes livres. Je n’ai jamais écrit, initialement, pour gagner de l’argent. Par contre, je déteste que cela soit d’autres qui en gagnent sur mes écrits. A tout choisir je préfère encore publier mes manuscrits sur internet en libre accès, ou encore mes critiques et articles touristiques.

  6. gballand dit :

    J’admire votre « détachement »… Travailler pour rien c’est beau. Mais au moins, y a-t-il des retours de lecteurs ?

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