les petits riens

….dans le fatras de  l’insignifiance  des choses, qui, mises bout à bout les unes des autres tricotent l’existence des gens, comme on fabrique une écharpe au point avant, des centaines de kilomètres d’écharpe, sans réfléchir, parce qu’on ne connait que le point avant… dans cette si ennuyeuse imbécilité mortifère de tissage de vie à la chaîne, sans aiguillage imaginé,  heureusement il y a les petits riens, si petits, si riens qu’ils restent presque invisibles mais savent  arrêter et faire dérailler les regards encore vivants pour les propulser sur des improbables ailleurs. Ces petits riens…une intonation, un mot branlant ou abscons, une lumière, le  bruit d’une page tournée, une connexion sidérante, une nuit sans sommeil, un rêve hallucinatoire, un vin épais comme du sang noir, la gibbosité de la lune, une absence incongrue, la commissure d’une bouche, une odeur… ces petits riens si anodins qui font que jamais plus, les mailles  abrutissantes ne sauront allonger l’écharpe dans sa rectitude….

image : Fusain Jacqmin

19 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. philachev dit :

    c’etait pas Balavoine qui chantait : « ces petits riens, qui font la vie, qui font la vie … » ?

  2. Sylvaine dit :

    Une lectrice pense soudain à ce dialogue des Max Brothers
     » Dis-donc, il y a un trésor dans la maison d’à côté.
    -Mais il n’y a pas de maison à côté.
    -Eh bien, nous en construirons une ! »

  3. Arthémisia dit :

    Et de combien d’ultra-minimalités sommes nous la toute petite somme ?

  4. anne dit :

    ah…heureux retours de lecture …Vous m’enrichissez chers lecteurs de vos réflexions

    Il est vrai que la citation de Bouvier se passe de tout développement, et j’en soupire d’aise, simplement ça, « Il y a dans le simple fait d’être au monde quelque chose de fondamentalement heureux… » sans rien devoir justifier d’autre ou mettre en balance, et quelles que soient les angoisses qui nous rongent.
    Merci à vous tous d’apporter votre contribution

  5. Sylvaine dit :

    J’adore la citation de Nicolas Bouvier…et merci à Smara d’avoir évoqué ce grand homme que j’ai bien connu.
    Il y a des petits riens qui finissent par se multiplier et qui mine de rien, passés par l’autopsie, deviennent des graines de criminels assassinés 🙂

  6. Smara dit :

    Il y a beaucoup d’insignifiance pour ceux qui sont en quête permanente de sens, beaucoup d’ennuyeuse imbécilité dans la vie des autres lorsque l’on a besoin de poétiser la sienne. Les petits riens sont petits, et ne sont rien. Ils sont l’essence même de nos vies et il n’est pas vraiment utile d’en masquer le vide. « Il y a dans le simple fait d’être au monde quelque chose de fondamentalement heureux… » (Nicolas Bouvier). Encore faut-il être au monde.

  7. waid dit :

    les petits riens c’est trés zen cela , il y a la vie , celle de la grande histoire , il y a la vie des petits riens , des choses insignifiantes et pourtant si l’on s’y penche avec poésie si signifiantes.

    les petits riens c’est de la grandeur modeste

  8. Sylvaine bis dit :

    Anne, Il apparaîtra dans la revue Chos’e N° 3 en mars de feu Henry Chiparlart.

  9. anne dit :

    c’est donc fait Cactus, mais on peut me contacter via mon blog, mon adresse e-mail y est inscrite

  10. anne dit :

    Savarati, vaste sujet que le déterminisme….En tous cas, je n’arrive pas à comprendre en tous cas les gens linéaires, ça me fascine cette capacité à rester dans les rails, mais ça me déprime aussi…

  11. anne dit :

    Oui, les mailles serrées serrées c’est un peu triste

  12. anne dit :

    Non Sylvaine, hélas je ne l’ai pas lu, et…. je ne peux plus le lire ?
    Oui, les Parques parfois se déchaînent et ne sont pas d’accord…c’est d’ailleurs un très joli thème

  13. anne dit :

    Sophie, oui, ton écharpe est drôlement faite, mais je l’aime ainsi…

  14. Cactus dit :

    pouvez-vous me contacter « private » ici :
    cactusjo69@hotmail.com ?
    merci d’avance ! ( urgent )

    sinon moi je fricote et saute l’émail à cause de ma cote ; je suis lâche à l’ouvre-âge !
    Sissi !

  15. Saravati dit :

    Pardon, pour le dernière phrase, il faut lire :

    le courant de ses pensées dans la non-rectitude, la non-linéarité, comme pour refuser le déterminisme.

  16. Saravati dit :

    Très beau texte profond. Mais il y a aussi d’autres voies, d’autres points plus fantaisistes ou plus nus, à chacun de dresser ses aiguilles selon le courant de ses pensées dans la non-rectitude, la non-réalité, comme pour refuser le déterminisme.

  17. Eric Schnel dit :

    Il faudrait oui, accepter de miter l’ouvrage

  18. Sylvaine dit :

    Et il y a ces autres petits riens qu’on attend ou que l’on n’attend pas et qui repassent sans cesse sans jamais cesser de n’être rien de plus que rien. J’ai écrit un poème sur « Rien » que j’ai enlevé. Peut-être l’avez-vous lu. Votre image de l’écharpe et ses mailles à l’envers ou à l’endroit, m’enchante. ça me rappelle un code que l’on avait une journaliste et moi (elle était sous écoute, pendant la guerre d’Algérie). Un fil pour les Parques !

  19. sophie dit :

    Sont jolis ces petits riens. Moi, qd je tricote, c’est comme ds la vie, je saute les mailles, j’oublie de compter, je diminue et puis j’augmente mais jamais je ne lâche mon ouvrage :)).

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