entre vie et trépas, que sais-je de son ventre qui s’ouvre ?

étreinte argile

Louise s’était assise sur ses talons mon sexe toujours fiché en elle, elle se soulevait en cadence irrégulière pour rythmer ses propos, m’interrogeait et s’exclamait en s’enfonçant jusqu’à la garde dans un clapotis de flaque puis elle avait relevé des yeux arrogants vers moi pour me décrire en suivant de son ongle le tracé des veines gonflées de mon cou, les vertes funérailles qu’elle voulait m’offrir.

Je te ferai de modestes écobsèques à l’italienne en t’enfouissant sous les racines d’un arbre que je planterai sur le bord d’un chemin de terre chaude. Replié comme un têtard dans un cocon en amidon de plantes, tu te décomposeras dans ta capsule spongieuse en nourrissant l’arbre de ta chair et de tes rêves défunts, la vie se repaît de pourritures, de la putréfaction naît la beauté, je te verrai bourgeonner, fleurir, verdir, jaunir et puis t’effeuiller dans une pluie dorée sous laquelle je me caresserai en songeant à celle que tu faisais gicler sur ma bouche assoiffée. Sans que le temps ne s’enfuie! Plusieurs saisons.

Au souvenir du jet brûlant éclaboussant son visage, elle se cambra en jouissant un peu, jeta son visage sur ma poitrine, ses reins creusés  dressant sa croupe comme un coeur d’abbatiale romane.

Et quand je me dépouillerai de mes guêtres à mon tour ajouta-t-elle en relevant son visage aux contours amollis par le plaisir, ce sera dans le même trou de plantation que le tien, mon corps cryogénisé y sera pulvérisé pour exciter les vers nourriciers engraissés de ta chair.

L’appétit des nécrophores jetait de l’huile sur le feu intérieur de Louise, ses yeux étincelaient, son jus coulait sur mon ventre, elle se gargarisait avec ses mots.

Nous forniquerons avec eux poursuivit-elle, une orgie à développement durable exonérée d’écotaxe. Baiser écologique au moins dans la mort. Il faut partir proprement après avoir salopé la terre et l’eau. Des  milliards de capotes intoxiquent la terre chaque année, sans compter les forêts d’hévéas qu’elles ravagent, y as-tu pensé ? Sauver sa peau ou la terre. Nous sauvons notre peau, pas celles à venir.

Ses doigts malmenaient mes tétons qu’elle voulait mordre. Je lui avais enfoncé sa  culotte dans la bouche pour ne plus l’entendre, je voulais la baiser en paix tant que mon amour ne suffoquait pas dans le sas de son foutu sablier, tant que j’étais  moi-même bien vivant, sans devoir disputer son cul à une armada de vers en rut. Mon corps en charogne, les forêts dévastées et les décharges de capotes non biodégradables auraient dû pourtant me faire débander. Mais sa voix basse, ses yeux salopes et ses muqueuses incandescentes raidissaient mon sexe. Des envies d’absolue et vaine possession exacerbaient mon désir d’elle. Sa bouche de dentelle noire portait déjà mon deuil, ça l’excitait d’être empêchée, bâillonnée par sa petite culotte qui la faisait saliver à la commissure des lèvres, l’écume mousseuse coulait sur son menton, privée de mots elle râlait des sons rauques d’animal. L’harmonie de ses traits subitement durcis par sa boulimie fiévreuse perdait de sa douceur, son regard s’égarait, sa bouche déformée par le bâillon devenait obscène. afficheJ’étais fasciné par la métamorphose de son visage, le bouillonnement de son appétit trivial gommait sa beauté trop convenue pour s’y inscrire en rictus lubrique, son monologue pervers l’avait nettoyée de sa décence, dévastée et enlaidie, débarrassée de sa mue d’apparat, elle était subitement devenue fabuleuse gorgone, vulnérable et conquérante, ses yeux rivés aux miens me dévoraient sans me voir, je ne pouvais la rejoindre dans son plaisir;  que sais-je des jouissances de Louise, de la sensation de ses seins durs et dressés, du rouge à son cou, de son ventre bombé par la dilatation de ses chairs, de son con gonflé et dur, de son douloureux désir qui rétroverse sa croupe ? Que sais-je de son ventre qui s’ouvre immense comme celui de l’océan pour l’engloutir dans ses lames de fond, la bousculer dans les remous des déferlantes dans lesquelles elle se plait à jouer ? Elle ne jouissait pas de moi, elle jouissait d’elle par moi planté dans son corps cabalistique. Dans ces instants là, bien qu’ arrimée à mon sexe inquisiteur qui la fouillait, ses jouissances disloquaient notre lien jusqu’à l’acmé qui me la rendait échouée dans mes bras, hagarde et épuisée, elle revenait alors à moi, sans qu’aucun mot ne sache rien dire du séisme. Mais j’aimais avant que la multiplicité des orgasmes ne la terrasse ou que je me laisse emporter à mon tour dans ce maelstrom, la regarder longtemps errer seule sur la crête de cette  obscure et insensée chevauchée, encore et encore  la laisser se repaître du temps qui existait enfin. Les convulsions de son visage et de son ventre, ses silences et ses cris nourrissaient mon plaisir et quand bien même je ne pouvais plus maîtriser le raz de marée de mon sperme aspiré par son ventre pour mettre fin à son échappée solitaire dont je me croyais le maître, submergés ensemble par cette chimie orgasmique mâle et femelle jamais miscible, je jouissais pétrifié, alors aussi solitaire qu’elle qui ne savait rien non plus de mes propres saisissements, le corps raidi comme celui d’un cadavre, le cerveau et le sexe court-circuités, électrocutés, la conscience brouillée par l’expulsion de mon sperme, seuls nos bras enchevêtrés, nos peaux accolées, nos bouches ouvertes et les contractions de nos corps nous donnaient écho de notre volupté.

Et parce que là, Louise transfigurée me bouleversait davantage encore, je rageais que quelque magie n’existât pas pour rien qu’une fois éprouver physiquement, dans mon corps, mon cerveau et mon sexe ce qui la transportait ainsi. Je m’étais redressé un  peu pour la prendre contre moi, enlacés nous nous balancions comme des autistes, imbriqués l’un dans l’autre, elle dégoulinait sur mes couilles et sur le drap, je la délivrais de son bâillon et niquais avec fureur ses prophéties morbides et mon amour létal en sursis. Entre vie et trépas.

AB ,  extrait « que sais-je du rouge à son cou »   © B74K194

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crédit images  :  – Ariane Frelin, argile,  atelier Tourrettes sur loup

– Affiche expo Picasso érotique  


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