Et puis un matin elle décide de se taire

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Et puis un matin elle décide de se taire.

Pour voir.

Elle laisse ses mots venir jusqu’à ses lèvres, les contient dans sa bouche, libère voyelles et consonnes de leurs carcans syllabiques. Les lettres affolées perdent sens , valdinguent contre son palais et expirent. Elle autopsie les cadavres de ses mots en bouche, nettoie de sa langue leurs humeurs et leurs viscères, les humeurs de ses propres tripes, traque de son jet dentaire quelques points sur les i planqués et ravale les restes de ses derniers mots, satisfaite.

Ce n’est pas douloureux.

Elle se taira définitivement.

Ses mots seront désormais interdits de séjour dans sa bouche, sous peine d’y être exterminés, écrabouillés huit fois par sa langue.

Elle ne parle plus. Etrangement, ça ne change pas grand chose. Après une désagréable impression d’avoir toujours la bouche pleine, le temps que ses mots se fassent à ce sens interdit, rien de catastrophique n’arrive, une certaine sérénité même la gagne. Peu à peu sa pensée s’épure de mots inutiles, si souvent soldés dans les logorrhées ordinaires. Par ce tri écologique, sa pensée désapprend, pour se reconstruire. Plus libre.

On la presse, l’interroge, la met en demeure.

Parle ! Réponds !

Puis face à son mutisme, on se soumet à son silence, et presque élégamment, on ne lui dit plus que l’essentiel.

Elle y répond avec ses yeux, ses gestes, ses mains.

Quand il est nécessaire d’y répondre.