le jugement dernier

Putain que c’est beau ! tous ces rouges, ces bleus vifs … cette orgie de couleurs lui réchauffe les os. Pas le cœur, non. Son cœur est aux abonnés absents. Il ne ressent plus rien, plus de sentiment, plus de douleur, plus de troubles, c’est le vide, le néant.
Il n’a plus de cœur, Ou plutôt si.,Son cœur est désormais une pompe mécanique. C’est l’âme et ses fichus états qui n’existent plus.
Son âme a déserté son cœur puisqu’elle se niche là, parait-il, on a préféré la supposer là que dans le désordre de la tête ou le glauque des entrailles. C’est finalement apaisant de ne plus avoir d’âme, aussi reposant que de rendre les armes après une rude bataille, vidé des derniers soubresauts de sa résistance. Comme un noyé qui cesse de lutter à contre courant.
Il regarde Sainte Cécile qui repose sur son flanc. Elle parait dormir, il se loverait bien contre elle pour s’endormir. Simplement s’endormir contre elle, si absente. S’absenter ensemble, comme on ferait l’amour ensemble. Mais il ne s’agit plus de faire l’amour, ni quoi que ce soit.
Il a bien fait de dépenser ses derniers euros pour venir à Albi. Il est allé à la SPA chercher un chien blanc d’abord. Il fallait qu’il ait un chien et qu’il soit blanc. C’est essentiel cette blancheur rédemptrice qui ne souffre aucune tâche.
Les premières fois sont toujours difficiles. Le ventre se creuse, l’estomac se noue, les intestins se vident. Une sacrée peur au ventre.
Comme toutes les premières fois on se sent gauche, on ne va pas être capable, ça non ! ne pas savoir comment faire.
Alors il a laissé son chien inquiet attaché à un poteau et est entré dans l’austère cathédrale. Ce n’est pas qu’il croie en Dieu. Mais dans cet énorme vaisseau, il voulait voir le Jugement Dernier avant tout. Puisqu’il fallait être face à ses juges. Une dernière fois, avant qu’il oublie tout ça et ne cèle son destin à celui du chien blanc.
Il marche dans les travées, penché comme la tour de Pise, les épaules voûtées, ses yeux clairs délavés absorbent le trop plein de couleur des peintures et des vitraux.
jugementdernier2Il se plante face à la monumentale fresque.
Lui revient alors en mémoire le triptyque de Bosch. Un de ses derniers beaux livres qu’il a vendus sur les quais pour quelques tomates.
Il délaisse le paradis et le jardin des délices, c’est celui des supplices qui l’occupe, et toujours cette couleur flamboyante obsédante.                                            J.Bosch- le jugement dernierbosch10jugementdernier2

Il s’interroge sur la roue, le pal, la cuisson dans les marmites, l’immersion de la tête dans l’eau, l’ingestion d’horreurs, toutes ces tortures que raconte la fresque d’Albi, qu’a peinte Bosch.

Ainsi donc une âme noire fait payer à la chair le prix de ses péchés et de ses crimes. Dieu exhorte à purifier son âme et faire pénitence en mortifiant le corps.

Le jardin des suppliciés imaginé par les flamands ou par Bosch le fascine. Il expose là finalement tous les tourments terrestres que l’homme inflige à l’homme.
Nul besoin de Dieu ni de Satan. La chair écartelée, entaillée, empalée, brûlée sent le souffre. C’est le jardin de Sade, Satan doit être priapique.

Il recule et s’assoit sur une chaise, le regard vide. Il ne perçoit plus de la fresque que les taches pourpres et mordorées, le blanc laiteux des chairs torturées.

Le Jugement Dernier n’est rien pense-t-il. Le jugement de Dieu est une foutaise. Peut-être suffit-il de s’initier aux plaisirs SM pour s’y préparer.

Mais le jugement des hommes…et la fin commencera.
Il se lève et se presse vers le portail de la cathédrale, fuit la violence de cette débauche tortionnaire en Technicolor. Le chien blanc l’attend, impassible. La bête rive son regard au sien. Il flatte sa tête douce qui s’abandonne dans sa paume.
Il faut y aller mon chien blanc, marcher, et ne craindre ni les hommes ni les dieux, ni la vie ni la mort. Qu’importe leurs lois, qu’importe leur mots…
Le chien blanc marche à son pas. Ce soir ils passeront leur première nuit ensemble, calés l’un contre l’autre, sans toit ni état d’âme.

*Le Roi dira à ceux qui seront à sa gauche : Retirez-vous de moi, maudits ; allez dans le feu éternel qui a été préparé pour le diable et pour ses anges.jugementdernier1
Car j’ai eu faim, et vous ne m’avez pas donné à manger ;
j’ai eu soif, et vous ne m’avez pas donné à boire ;
j’étais étranger, et vous ne m’avez pas recueilli ;
j’étais nu, et vous ne m’avez pas vêtu ;
j’étais malade et en prison, et vous ne m’avez pas visité.*

qu’ils aillent se faire foutre, là-bas…soupire t-il nez dans le flanc du chien blanc.

*le Jugement dernier (Matthieu chapitre25)

votre grain de sel

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s