Parade amoureuse ou sociale , la séduction joue avec l’image. Nul n’y échappe. L’image que l’on veut donner de soi n’est jamais totalement trompeuse, elle minimise nos complexités, cheville et caricature les traits les plus marquants de notre caractère , en gomme d’autres.
L’image est réductrice, forcément, elle doit l’être pour être fixée par l’Autre, enregistrée comme étant ce que nous sommes. Pour le séduire, susciter son attention , le prendre dans nos filets, l’amener à nous apprécier, à rentrer dans notre univers, quitte à surjouer et à mettre en scène. Mais sans vouloir trop briller, sans donner dans le factice qui signe le mensonge. Tout un art. Il s’agit de trouver l’équilibre et de privilégier malgré tout ce qui répond à la plus juste expression de soi que l’on veut donner
Le jeu de séduction amoureux n’a de but que de s’approprier l’autre, le rendre amoureusement dépendant de soi.
Mais le jeu de séduction identitaire sociale ne veut pas s’emparer de l’Autre, il veut juste s’en nourrir, s’en remplir, pour exister. Sans l’Autre nous ne sommes rien, sans son regard il nous semble ne pas exister. Le nourrisson qui vient au monde cherche le regard, et l’agrippe. Il faut donc faire accepter à l’Autre l’image que l’on construit. Nous “serons” cette image, et le deviendrons peu ou prou…à force.
Sans cette image, nous ne sommes tout simplement pas. Le plus authentique d’entre nous s’est fabriqué une image, une identité publique, sociale.
Notre moi le plus authentique est réservé à nos conjoints, nos amants, nos compagnons, nos amis intimes (et encore, ce que nous estimons devoir leur concéder, parce qu’eux mêmes continueront à garder en eux un peu de l’image que nous leur avons imposée lorsque nous paradions , et de mauvaise foi …nous leur reprocherons de mal nous connaître). Ceux-là , d’ailleurs, finiront un jour par être moins séduits et donc vexés que l’on fasse si peu cas d’eux à ne plus vouloir les séduire. . Ils apprécieront moyennement cette authenticité, ce saccage de l’image séduisante, s’en verront eux-memes dévalorisés, tout en nous dévaluant. Parce que cette reposante authenticité, si elle dispense de l’énergie du décorum social qu’est la séduction, rend aussi moins attentif aux attentes de l’Autre, qui subitement doit nous accepter dénudé de nos apparats, nous subir avachi, en chaussons, les doigts dans le nez, en vieux pantalon, mal-aimable.
Miroir aux alouettes.

Magritte
Séduire pour ne pas mourir, pour se sentir encore vivant dans le regard de l’Autre, l’Autre qui est notre miroir, par peur d’être déserté .
Mais l’identité n’est pas stable. Nous ne sommes pas linéaires. Les images abusent de nos certitudes. Elles ne sont que construction mentale des uns et des autres. De soi et de l’Autre.
Séduire par excès, en excès, à s’y perdre…. à ne plus se retrouver, à renoncer à soi. Tout donner, toujours plus, encore, même ce que l’on a jamais eu, à ne plus savoir ce que l’on a, tout perdre, pour un regard, un sourire, une admiration, un bon mot, une estime, un applaudissement, un compliment, une reconnaissance.
Un oubli de soi. Un abandon.
Renoncer à séduire, cela peut-il être séduisant ?
