le sourire béat du dilettant

P1030910Après avoir enterré ses illusions* il prit donc le temps de jouir de chaque instant des précieux jours qu’il lui restait à vivre. Bien sûr ses proches qu’il ne put éviter de façon constante  lui firent des minauderies et des pattes de velours, ils portaient tous leur crêpe sur la figure. Il les ignorait ou ne leur accordait aucune attention.  Il leur avait donné leur chance. Qu’ils restent entre eux à se regarder sans se voir, à se parler sans s’écouter ni rien se dire. Il n’écoutait plus leurs reproches de cruauté pas plus que leur commisération.  Il allait mourir Dieu soit loué. Il avait déjà  immobilisé l’aiguille dans la pendule qui ne disait enfin plus ni oui ni non. Il était le maître du temps. Il lui suffirait de se coucher le soir venu , de fermer les yeux les mains bien à plat, de se dire que c’est fini, de respirer profondément et d’expirer une ultime fois. Exit. Mais pourquoi fait-on tout un plat de la mort ? Son testament précisait bien qu’il n’y aurait ni funérailles, puisqu’elles avaient avorté ce soir de désillusion, ni cérémonie ni texte lu. Rien. Ni personne. Il ne voulait plus avoir affaire aux hommes, il ne se sentait plus des leurs. L’avait-il jamais été ? Il s’était  trompé de planète, avait dû naître un soir de bug apocalyptique, réincarné par inadvertance en homme occidental. Il se sentait léger, vidé de toute angoisse, il décida même de ne plus parler. En fait ce ne fut même pas une décision. Un soir il se tut comme sa fille avait cessé d’émettre un son* un matin malveillant. Le souvenir de sa fille ne lui  était plus douloureux. Il avait trop pleuré le son de sa voix rauque et la musique de ses mots étranges. Sa toute petite fille perdue dans son corps de femme massacré par la peur de vivre. Seuls son sourire, son rire et ses sanglots l’habitent et lui tiennent chaud comme un gros chandail les jours de grand froid. Il n’était finalement pas plus apte à vivre qu’elle , sans doute trop dilettant et pas assez concerné comme il l’était déjà à l’école, se contentant de trop peu. Il gamberga tout un moment sur une réserve pour inadaptés sociaux, une terre d’asile pour cette diaspora d’hommes et de femmes éparpillés dans ce monde factice,  en proie aux tourments d’une société qu’ils ne comprennent pas.  Une chose le stupéfiait : une insensibilité salutaire à la laideur et aux choses haïssables  s’était installée dans son corps et son esprit.  Même la plus grande misère du monde ne le touchait plus. C’est pourquoi il n’était pas accablé de devoir mourir. Il pouvait enfin  s’émerveiller et sourire béatement d’un rayon de lumière en se fichant éperdument de tout.

crédit image  :  sculpture des Lapidiales. Port d’Envaux (17)

Publié dans:  on 8 septembre 2009 at 17:17 Commentaires Fermés
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l’enterrement des illusions

réunion- dessin de Laurie Lipton

réunion- dessin de Laurie Lipton

 

Il se répétait ça… deux mois…soixante jours…deux mois…deux mois…

Il avait fallu aux mots du médecin trois heures pour pénétrer le cerveau de Louis et s’y imprimer définitivement. Il tentait de donner à cette notion du temps imparti à sa fin de vie, un sens. Rien ne s’affolait en lui. Pas la moindre tachycardie. Il eut juste la sensation de vivre enfin. Une curieuse sensation. Peut-être aussi d’être subitement devenu quelqu’un alors qu’allait sonner son trépas.

Il regardait autour de lui les gens marcher dans la rue, se vit parmi eux, dans la foule, puis comme dans la série Portés disparus, disparaître, ne plus être là. Et bien sûr rien ne changeait. Le FBI ne se mettait  pas en branle pour le retrouver, n’était-ce que son cadavre. La vie continuait sans lui, exactement de la même façon. Il pensa alors à ses proches, sa famille, ses amis.  Il allait les quitter. Comme s’il partait pour une autre femme, un autre pays, d’autres amis, au loin. Mais Louis se dit que ses proches finalement préfèreraient  en leur for intérieur qu’il meure plutôt qu’il les abandonne.

Louis s’imagina son enterrement, trônant dans son cercueil. Les morts sont cabots, ils paradent au milieu de gens qui pleurent leur personne,  ils font durer le plaisir dans le froid de l’église, dans le chaud du crématorium ou le vent glacial des cimetières, se délectent dans leur boîte , à l’abri des regards, des discours qui vantent enfin leurs mérites. Un mort est toujours reconnu dès que son coeur a cessé de battre alors qu’un vivant court après la reconnaissance toute sa vie.

Deux mois…sûr qu’il n’allait pas aimer les mines éplorées, les regards fuyants, leur pitié poisseuse. Le dire ou pas….Non seulement il allait leur dire, mais aussi leur organiser des obsèques avancées. Anticiper, les convoquer, ne pas attendre d’être couché dans une boite face à eux, mais s’asseoir au milieu d’eux, les dispenser de mettre deux mois à rédiger son oraison funèbre, les prendre à la hussarde, sans ménagement, les faire accoucher sans césarienne ni péridurale de leur jugement sur ce qu’a été sa vie et sa personne. Au forceps s’il le fallait, avec du vin et du tabac qui  leur délieraient la langue.

Ce qui fut fait. Ils étaient tous venus sans oser s’habiller ni de noir ni de rouge. Ils avaient opté pour des tons anthracite. Comme la couleur de sa vie se dit-il. Ce fut donc une assemblée terne qu’il allait falloir vraiment griser. Louis leur expliqua doctement qu’il anticipait ses obsèques pour leur faciliter leur travail de deuil et les éxonérer au jour de sa mort de louanges imbéciles qu’ils n’avaient sans doute jamais pensées de son vivant. Ils se dandinaient  sur leur chaise, baissaient la tête, protestaient,  pleuraient, non il était encore vivant, refusaient de croire qu’il allait mourir, là, d’ici deux mois. Louis dût se fâcher, déboucher des bonnes bouteilles, les encourager,  les consoler, quand il aurait bien voulu que ce soit eux qui le fassent, l’encourager à bien mourir.

Personne ne lui fit les compliments d’usage que l’on fait à un mort. Il tenta de les solliciter pour qu’ils lui confient ce qu’ils regretteraient d’avoir tu  quand il aura rendu son dernier soupir. Il avait entendu cela si souvent…ces remords qui bouffent le coeur des gens qui n’ont pas su ou voulu dire des choses essentielles . En vain. Ils n’avaient rien à lui dire, lui en voulaient même d’être là , trop vivant. Louis ne méritait rien de son vivant. Il regarda sa femme et se demanda si elle allait enfin s’offrir à lui avec désir ce soir ou si lui-même  aurait envie d’elle, avec cette épée de damoclès sur la tête. Mais elle détourna le regard.  Peut-être se sentira t-elle plus vivante quand il sera mort. Il se leva alors et mit le CD du Requiem pour un con renonçant à Mozart. Il remplit les verres encore, il voulait au moins les voir perdre leur convenance. Le requiem les y aida. Chacun finit par réclamer l’attention et la parole pour y aller de sa version de sa propre mort et de ses funérailles. Louis fut oublié dans le chahut de la conversation et des fou-rires.

Il s’éclipsa discrètement, soulagé. Il partira le coeur léger. Il en avait fini avec les hommes. Il put consacrer ses derniers jours à jouir de la beauté de la lumière de l’aube et du serein.

Publié dans:  on 23 février 2009 at 14:13 Laisser un commentaire
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ligne de fuite

- alors ce n’est pas moral, pas naturel, je ne sais pas moi …. mais quand même !epilogue1

- s’il faut laisser faire la nature, alors on ne doit pas chercher à nous faire vivre comme des immortels, on n’est pas des dieux. un coup ça vous arrange la nature, un coup ça vous dérange.

- c’est pas moral, s’entête René.

Les yeux de Marguerite lâchent à regret l’océan pour se poser sur lui. Elle renifle et fait la moue, la bouche en cul de poule. Qu’est-ce qu’il l’embête avec sa morale ? Marguerite bute sur ce concept. Elle ne sait rien de la philosophie ni de la morale ; ce mot, elle ne le connaît qu’à travers les leçons de l’école ou du cathé. Sa conscience lui dicte de façon instinctive, sans réfléchir, ce qu’elle doit faire. Marguerite est une petite âme qui ne commerce  plus depuis longtemps avec le bon dieu. Sa pauvre vie n’a jamais suscité le moindre intérêt pour personne, elle ne voit pas pourquoi sa mort en provoquerait davantage. Son suicide n’inspirera aucun autre commentaire que pauvre malheureuse, qu’elle ne méritera même pas. Elle ne se tue ni parce qu’elle est malheureuse ni pour ne pas déchoir, ni au terme de méditations profondes, mais parce qu’elle a fini de vivre, qu’elle n’en a plus les moyens,  et qu’elle refuse cette espèce de mort clinique que sont les prolongations. Un mot bégaie dans  la bouche de René. Il a peur.                                                                   

- comment ?

Marguerite donne un petit coup de menton vers l’océan sans répondre. René suit le mouvement et regarde la mer agitée. Il l’imagine au large, les bras sortant des vagues et puis disparaitre dans le ventre de l’océan. Il déglutit difficilement. Dans la vision de la fin de Marguerite, son corps gonflé, abominablement dévoré par les crevettes et les crabes échoue sur le rivage , peut-être là où il se baigne, parce qu’il n’est pas sûr qu’elle ait l’élégance de couler à pic au large. René pensait avoir trouvé en Marguerite l’apaisement, il découvre que cette femme le précipite dans un film macabre, donne à la mort une réalité qu’il veut fuir. Il consent à se compromettre avec elle pour assassiner sa femme et sa belle-mère avec des mots, comme des enfants jouent à “on dirait que” sans que cela ne provoque jamais en lui aucune image , même si ces mises en mots légitiment ses pulsions meurtrières parfois bien réelles.  René n’imagine plus rien depuis longtemps, comme si le temps avait consumé ce pouvoir d’imagination pour le protéger d’une absence de futur acceptable. Ne plus pouvoir imaginer et finir par ne plus se souvenir, c’est la mort intime du grand âge. Il aurait aimé au moins que Marguerite ravivât cette faculté d’imaginer avec des images plaisantes. Là, celles que son esprit fabrique au seul mouvement de  son menton vers l’océan l’épouvantent. Pourquoi ne peut-elle pas au moins en finir proprement, en catimini ? René a mal aux tripes, il est tout retourné, face à lui-même.

Marguerite plante sa cuuillère dans le baba juteux, recueille le rhum sucré qu’elle lape bruyamment. Il se demande comment elle peut faire ça quand elle s’apprête à se donner la mort. Il se retient d’écrabouiller le baba au rhum, de crier, il se sent devenir violent, il a envie de lui tordre le cou de ses mains, que son visage inanimé tombe dans son assiette, qu’on en finisse un fois pour toutes et qu’elle le laisse en paix, qu’elle n’aille pas engraisser le ventre marin affamé dans lequel il nage chaque jour ni réssuciter son imagination avec des visions  d’horreur indélibiles.

Il la regarde manger tranquilement son gâteau.

- Marguerite, pourquoi n’avalez-vous pas plutôt vos boîtes de médicaments ?

- Mourir dans un lit, les yeux au plafond, la bouche pleine de comprimés dont on me gave depuis trop lontemps ?

A cet instant précis, elle le méprise.  

                          

extrait d’un de mes manuscrits en cours de lecture. © B74K189

                                                

Publié dans:  on 31 janvier 2009 at 18:44 Laisser un commentaire
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la censure sur ARTEBLOG/ le silence de l’adieu

j’arrive de la planète ARTE, qui  se vante de proposer un espace de libre expression sur sa plateforme de blogs.

je n’ai publié que de modestes textes, en rien subversif.

cependant,  quasiment à chaque texte publié, les modérateurs de façon autoritaire et sans en donner le motif  me les mettent hors ligne .

or, il se trouve que rien dans les textes censurés ne justifie cette censure. Après maintes protestations  j’ai réussi à me faire remettre en ligne la plupart, hormis le dernier, intitulé  “le silence de l’adieu“.

je trouve tout à fait inquiétant, sinon dangereux, que des modérateurs puissent confisquer  les mots des blogueurs qui n’injurient ni personne ni marque, au seul gré de leurs humeurs.

ARTE -BLOG est  à ma connaissance le seul hébergeur qui se  permette ce genre de chose. Or, ARTE est avant tout un média. En cela, cette censure est intolérable et édifiante.

je publie ci-dessous mon dernier texte censuré et le mail d’ARTE,  afin que l’on puisse mesurer ce qu’ARTE ne tolère pas sur son espace de libre expression:


Message du 10/01/09 18:27
> De : blogs@arte.tv
> A : XXX
> Copie à :
> Objet : [blogs.arte.tv] – Mise hors ligne d’un message

“Votre message a été retiré de la communauté car vous n’êtes pas autorisé à tenir des propos agressifs à l’encontre d’une marque, d’un produit, d’un organisme ou d’une personne. Et ce de façon non argumentée”

Détails de la contribution :
> – date : le 10/01/2009 à 17:24
> – titre : le silence de l’adieu
> – rubrique : chuintements
> – message : “

>                                                                                            photo personnelle

anoushka7

Le silence de l’adieu.

Il a dit j’ai peur. Bien sûr c’était de mourir, puisque je  le conduisais là où nous savions, lui et moi,  qu’il allait mourir. Sa voix  vibrante écrivait sa peur en pointillé. Je n’ai pas répondu. Juste  lâché le volant d’une main que j’ai posée sur sa cuisse. Est-ce que les adieux se firent là, dans l’instant de  ce  silence oppressé, sans que n’ayons su nous dire les mots que l’on se dit quand on se quitte définitivement?  Que dit une fille qui mène son père à la mort ?

                                                                                                          

Rouler jusqu’au trépas, sur un bandeau d’asphalte  noir, l’esprit béant,  cureté,  le cadavre vivant de mon père encore jeune, sur le siège du passager.  Chercher dans ma mémoire le fil conducteur qui mène à ce mutisme désolant. Tout ira bien papa. Dans mon souffle, papa expire. Les lettres dégringolent du mot paternel,  papa n’est déjà plus audible dans ma bouche. Je l’ai déjà tué. Je suis interdite.

Plus tard, le lit blanc,  son corps fantomatique, déjà évidé de l’essentiel, son ironie hargneuse, docteur il doit bien rester quelques organes, fossoyez, fossoyez.  Ce silence dans la nuit de la chambre…  Dans ce huis clos son corps reprend sa position foetale.  Morphée se glisse dans la  perfusion.  Sa dernière cigarette lui échappe des doigts, brûle le drap que je rabats sur son corps  nu squelettique. Je regarde le sexe de mon père pour la première fois,  je suis fascinée, je le trouve beau, prêt à aimer, épargné par la maladie,  j’avais oublié que mon père fut un homme.

Et puis ce fut fini. “
>


si vous concevez que ce texte qui conte la mort d’un père puisse être censuré, merci de m’en indiquer les raisons …


Publié dans:  on 14 janvier 2009 at 18:44 Laisser un commentaire
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larmes de mort

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l’enfance sacrifiée sur l’autel de Mars, l’enfant, arme de MORT, l’enfant dressé à la mort, à la traque de tout ce qui vit et bouge, l’enfant tueur nourri au sein de la guerre, l’enfant que le père arme , élevé sous le ventre de la HAINE, l’enfant abreuvé de sang gerbe secrètement son horreur dans son coeur serti de barbelés lorsqu’il viole et assassine, l’enfant soldat que l’homme engendre dans la putréfaction de son âme, CRIME contre l’humanité

Publié dans:  on 24 novembre 2008 at 13:58 Laisser un commentaire
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