L’eau à la bouche au Québec

J’avoue avoir été pour le moins surprise que l’on m’apprenne que mon livre, L’eau à la bouche, a été acquis en aôut  2009 par la bibliothèque d’un collège…et même, disons-le très mal à l’aise…..  A cet âge, que l’on cherche à lire ce qui est défendu, c’est normal, mais trouver cette littérature dans la bibliothèque de l’école, ça l’est moins. Bon, peut-être dans une section sous clef pour les profs…

Je suis donc allée voir sur le net quel était ce mystérieux collège audacieux.

Eh bien, ce n’est pas en France que cela se passe mais au Québec, à Sainte Geneviève, à l’ouest de Montréal, plus précisément au collège Gérald Godin, présenté comme un collège  unique, jeune et prestigieux et …public.  Rien de moins !  Un collège, au Canada,  accueille de jeunes adultes (et formation continue)  et non des gamins. Le site est idyllique, c’est vrai….

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Effectivement, page 13 de la liste de l’acquisition d’ouvrages de l’été 2009, L’eau à la bouche figure bien  entre  Ecrire, la liberté, de Simone de Beauvoir et le musée imaginaire de Marcel Proust

Du coup (et je me  paie le luxe de me la péter un peu puisque cette promiscuité avec Simone et Marcel est très …improbable)  je suis très honorée de figurer sur les étagères de cette bibliothèque éducative, d’autant plus que la devise-défi du collège Gérald Godin est “réaliser le meilleur de soi-même” . Je ne doute pas qu’avec la lecture de mon livre, le défi sera relevé, si j’ose dire. Je suis même partante pour aller leur faire une petite conférence sur ce que je conçois de la chose, j’adore le Québec et les québécois. Mes moufles et ma tuque sont prêtes.

Publié dans:  on 23 octobre 2009 at 16:20 Commentaires Fermés
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enfance

Mais que sait-on de ces solitudes là, de ces  silences d’enfance, de ces imaginaires libérés des contraintes et des convenances ?  Je me souviens de mes rêves en Technicolor, cachés entre mes tresses comme des trésors . Rien qu’ à moi.

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Il me reste de ces années là , précisément celles-ci, le goût du silence et de la rêverie.  Sans fin je regardais  filer le sable entre mes doigts,  je découvrais  qu ‘il est illusoire  et vain de refermer la main.

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Laissez-moi aller mon chemin, ce petit sentier hors du monde  ilfoyakafokon

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Publié dans:  on 9 octobre 2009 at 13:09 Commentaires Fermés
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design érotique

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chaise du designer italien Fabio Novembre en vente , dans tous les coloris

je ne sais pas si c’est beau…et si les fesses sont encastrables

mais je demande la même,  en version masculine

beaucoup plus troublantes, ces deux chaises et la poésie d’arthémizia,  ici

Publié dans:  on 4 octobre 2009 at 17:09 Commentaires Fermés
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réminiscence

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Violette :… vraiment je n’ai connu de plaisir plus sensuel que celui-là
René : de vous baigner nue dans l’eau froide ?

……….

V :  j’avais un costume de bain, et sur le costume de bain, la robe, c’était tout…

René : Vous laissiez glisser votre robe ?
V :       j’enlevais tout. Un jour je m’installe gentiment sur un rocher, à cinq mètres à peu près du bord de mer, mais on pouvait y aller à pied. Je m’installe là, gentiment, en costume d’eve, et je ne devais pas être mal. Je n’étais pas très belle de visage, je ne vous parle pas de ça, mais certainement je n’étais pas mal faite….Bon. Tout à coup arrive un jeune homme. Il m’a regardée, il n’a pas bronché, il s’est déshabillé….il est venu vers moi, et je suis allée vers lui et on a fait l’amour gentiment. On ne s’est pas dit un mot, il est parti, je suis partie.

R : Ca a été un moment sublime de votre vie ?
V : sublime, non ! c’était un moment joli.

R : un moment d’extase ?
V : Non, de plaisir. C’était vraiment du plaisir.

R : le plaisir pour le plaisir alors ?
V : le plaisir pour le plaisir, oui, et cette liberté totale. Vous savez, on a rarement cette liberté là avec un homme.

………………………

R : de quoi voulez vous parler ?
V.: à quatre-vingt six ans ….. Non, je ne vous l’ai pas raconté ? que j’ai encore des rêves érotiques ?

R : on peut en parler.
V : oh non ! …..

Extrait de “Paroles de vie : un homme, une femme”
Paroles de vieux – N°106 – éditions fondation nationale de gérontologie

crédit image : http://korrigan84.over-blog.com/categorie-10992298.html

la caresse soyeuse

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Marguerite a la tête en l’air, un grand oiseau rouge vif déploie ses ailes et vole au bout d’un fil qu’un enfant tire en courant sur la plage. L’oiseau pique du bec, plonge en rase mottes sur le rivage, puis se redresse et remonte très haut porté par le vent. La vieille femme, les mains sur les hanches, le suit des yeux, elle voudrait qu’il rompe le fil et s’envole libre, que ses ailes de satin rouge caracolent au-dessus des vagues au large et disparaissent là-bas au loin, elle ne sait où, plutôt qu’il ne s’écrase bêtement sur le sable dans un navrant bruit d’ailes froissées. L’oiseau perd de la vitesse, hésite, vacille et s’abat comme un kamikaze dans un bref claquement sec. Marguerite esquisse un sourire mauvais et détourne son regard du tas pourpre avachi sur le sable pour le porter vers la mer, là où le soleil plonge dans l’horizon. René surgit des vagues et s’ébroue en grelottant un peu dans le vent frais. Marguerite regarde son corps nerveux, encore musclé par les exercices physiques. Un slip de bain boxer dessine sa virilité. Elle le trouve beau et aimerait toucher sa peau hâlée, juste pour en éprouver la texture. Ça la trouble, cette envie de le toucher à son âge. Tant d’années ont passé depuis qu’elle a éprouvé ce désir pour la dernière fois, toucher un homme, c’est à dire peu après sa nuit de noce quand cette brute de Paul ne savait pas lui faire l’amour autrement qu’en la culbutant en quelques minutes, l’haleine vineuse, avant de s’écrouler endormi. Pourtant Marguerite connaissait le langage des corps. Avant le mariage elle avait découvert le désir et la volupté avec son camarade de théâtre. Dans un petit bois pendant tout un été ils s’étaient enivrés sans pudeur et en secret des jeux de l’amour jusqu’à ce qu’il quitte le bourg pour monter à Paris apprendre la comédie.

René trottine le poil tout horripilé jusqu’à Marguerite pour se réchauffer, se frotte vigoureusement en riant enveloppé dans sa serviette, se dandine drôlement pour changer de slip et se rhabille chaudement. L’automne reprend ses droits après que l’été a pris ses aises sur son temps imparti. Marguerite, elle, malgré cet âge où l’on a toujours froid, ne craint pas la fraîcheur, accoutumée à vivre sans confort toute sa vie. Elle s’emmitoufle cependant dans son châle en laine lorsqu’il enfile son chandail, comme pour éprouver dans ce geste la chaleur de René contre elle.

Les petits yeux malicieux très bleus de René se plissent dans un sourire qu’il peine à réprimer.

- Ma belle-mère est à l’hôpital, elle est tombée de son lit et s’est cassé le col du fémur.

- Et de une ! En voilà une bonne nouvelle, pouffe la vieille femme. Il faudrait qu’elle ne rentre pas, à cet âge on se remet pas d’un col du fémur diagnostique-t-elle, on en meurt.

René approuve mi-figue mi-raisin, ça lui fait un drôle d’effet que Marguerite ait l’audace de dire ça, ces horreurs que lui pense en coin.

- Du coup ma femme est moins pénible sans sa mère, ajoute-t-il précipitamment en signe de contrition, comme on s’exonère d’un sentiment de culpabilité poisseux. Marguerite ébranle sérieusement sa conscience. Mine de rien, elle l’entraîne chaque jour un peu plus encore à s’affranchir de la tyrannie qu’exercent ces deux vielles femme acariâtres sur lui.

Marguerite et René se sont pas vieux lorsqu’ils évincent ce qui pèse plus lourd que les années : la précarité pour Marguerite et la servitude pour René.

Je les regarde remonter la plage de ma fenêtre ouverte, je capture avec mon polaroïd les silhouettes inclinées par la pente. René a donné le bras à Marguerite.                                                  Les deux complices fêtent joyeusement l’hospitalisation de la belle-mère autour d’une tasse de thé. Aucun homme n’a jamais invité Marguerite. Elle rougit comme un coquelicot quand René pose sa main sur la sienne pour lui dire simplement qu’il est heureux de lui offrir le thé, d’être là ensemble dans ce salon de thé, que tout ça le ramène à la vie dont il s’était absenté depuis trop longtemps. La vieille femme regarde la main à peine plissée de René recouvrir la sienne avec tant de douceur qu’elle voudrait qu’il ne l’enlève pas ou qu’il recommence alors la caresse soyeuse. En la quittant, René dépose un baiser léger sur sa joue, Marguerite ferme les yeux. Elle dîne le soir en regardant sa main plutôt que l’océan et s’endort en la posant contre ses lèvres. Son corps accoutumé depuis son mariage à endurer le travail et le devoir conjugal, ne se souvient d’aucune semblable câlinerie autrement qu’en rêve. Parce que oui, ah ça oui…elle en rêvait tout éveillée dans ses corvées et son silence quotidiens, à l’amour et à l’embrasement de son corps contre celui de son premier amant.

Comme une étincelle enflamme de la paille sèche, le baiser et la caresse de René enfièvrent le corps et l’esprit de Marguerite. Un désir d’étreinte la tourmente dans son sommeil. Éveillée, elle songe à René qu’elle imagine allongé à ses côtés, leurs mains jointes. Ils écouteraient les tumultes de l’océan rageur en cette première nuit de tempête. Marguerite les joues en feu ose penser au sexe de René deviné sous son slip de bain, elle l’imagine durcir contre son flanc. Elle sait que le sexe d’un vieillard peut encore se raidir en dépit de ce que les enfants veulent ignorer, elle en a vu à la maison de retraite se masturber dans leur braguette ouverte. Ça la dégoûtait profondément, elle se rappelait alors son Paul toujours prêt à se toucher quand elle pouvait enfin se refuser quand elle avait ses règles.

Mais là, c’est René, son rire velours et son baiser, sa peau douce sur la main potelée de la vieille femme. Quelque chose d’agréable se passe dans son ventre qu’elle croyait mort depuis si longtemps, juste bon à se plaindre de dysfonctionnements de tuyauteries, une espèce d’étrange onde sous le nombril, même après tant d’années d’oubli. Ça fait toujours ça, le plaisir, a dit Line, se souvient Marguerite lorsqu’elle s’était sentie défaillir en regardant l’océan pour la première fois, ça habite le ventre. Marguerite se rendort sa main  logée dans celle de René.

AB-     Extrait-   Epilogue -   © B74K189

Publié dans:  on 16 septembre 2009 at 18:11 Commentaires Fermés
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